Blog d'information des habitants de Saint Selve sur le projet LGV dans le Sud Gironde
Denise Cassou est « choquée » et en colère. La présidente de Landes Environnement Attitude (LEA) et porte-parole de la Coordination vigilance LGV se bat depuis des mois contre les projets de LGV en direction de l'Espagne et Toulouse. Jugeant ceux-ci « inutiles », « coûteux » et « désastreux pour l'environnement », elle dit détenir aujourd'hui la preuve que « RFF nous ment lorsqu'il parle de concertation ».
Certes, demain, de 9 h 30 à 12 h 30, « la première réunion du groupe de concertation » est bien annoncée dans les locaux de Réseau ferré de France aux Chartrons, à Bordeaux. Mais il y a fort à parier qu'elle se tiendra en l'absence de certaines associations pourtant conviées
En cause, un mail reçu par Denise Cassou, le 22 octobre dernier, émanant du chargé d'études et de concertation de RFF. Ce jour-là, la présidente, après avoir conversé par téléphone avec le représentant de RFF Rodolphe Foucaud de l'opportunité de la mise en œuvre d'un tel groupe, lui avait demandé de formaliser sa demande par mail. « Afin de pouvoir en faire part ensuite aux autres associations et à leurs membres », précise-t-elle. Si le courriel propose officiellement « aux interlocuteurs associatifs un moment dédié pour échanger et travailler ensemble », son expéditeur semble avoir omis d'effacer une note de bas de page figurant sous sa signature. On y lit : « permettre la tenue de groupes de travail et des instances de concertation, instances dans lesquelles les associations ne trouvent pas leur place et perturbent. » Cinq associations sont ensuite identifiées parmi lesquelles LEA et la Coordination.Pour Denise Cassou, « c'est bien la preuve d'un simulacre de concertation. C'est écrit noir sur blanc. » « Cette concertation, RFF la fait parce que la loi l'y oblige et que la charte de la concertation territoriale dit que tous les partenaires doivent discuter ensemble. » Mais pour la représentante des associations, « on veut clairement nous mettre à l'écart ».
Présentation du tracéDu côté de RFF, la chargée de communication réfute l'idée. « Il y a des groupes de travail pour les techniciens sur des thématiques comme les enjeux fonciers ou l'environnement, et un groupe de concertation pour les habitants et associations concernés par le fuseau et qui se sont fait connaître auprès de nos services. » Objectif de ces réunions : « Présenter les différentes hypothèses de tracés », communiquées le 2 novembre dernier.
Reste que le fameux mail du 22 octobre devait contenir quelques propos embarrassants. Sinon, comment expliquer que son expéditeur ait tenté à trois reprises, « le vendredi puis le lundi », de rappeler son message sur le serveur, comme le permet Outlook ? Mais « par le plus grand des hasards, j'avais laissé ma boîte ouverte et le message m'est donc bien parvenu », se souvient Denise Cassou. Qui toutefois, a contenu sa colère sur l'instant. Et recevait donc par la suite une nouvelle invitation. Expurgée de toute annotation, celle-ci.
Mais Denise Cassou a prévenu : « Dans ces conditions, nous n'irons pas. »
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Le collectif d'élus ALTernative LGV s'appuie désormais sur une expertise pour opposer au projet de LVG celui de modernisation de la ligne existante.
N'allez plus dire que leurs arguments ne tiennent pas la route. Les élus regroupés au sein du collectif ALTernative LGV ont décidé d'apporter au débat des « éléments de comparaison objectifs » entre les diverses options possibles d'aménagement de l'itinéraire ferroviaire Bordeaux- Toulouse.
Et s'ils annoncent ne pas mener un combat anti-LGV, en filigrane, c'est tout comme. « En commandant cette expertise à un cabinet indépendant, nous cherchions à comprendre l'utilité d'une infrastructure nouvelle pour le territoire. Tout a été fait pour installer la LGV sans étudier les alternatives. Cette possibilité de choisir, nous la convoquons », se défend Raymond Girardi, coprésident d'ALTernative LGV et président de la CdC Coteaux et Landes de Gascogne
Plus précis
Rendez-vous est donné devant la gare de Marmande pour parler argumentation. « Et cette gare est tout un symbole car si l'on aménage les voies SNCF actuelles, elle pourrait accueillir un jour une desserte de ce TGV qui, aujourd'hui, ne fait que passer. » Un point pour ALTernative.
Expertise de 60 pages à la main, Raymond Girardi et Bernard Faucon-Lambert (Val d'Albret), dénombreront ainsi une demi-douzaine d'avantages en faveur de la modernisation de la ligne actuelle. Rien qui n'a jamais été dit mais qui, cette fois-ci, sert de base à la construction d'une réponse plus précise à opposer aux partisans de la LGV.
En tête des arguments, le gain de temps prôné par les pro-LGV « qui n'en est pas un. On a utilisé des données de RFF pour établir ce tableau comparatif. La LGV GPSO (Grand projet Sud-Ouest) ne ferait gagner que 12 minutes sur celui de la ligne aménagée. Paris sera effectivement à 3 heures de Toulouse si le TGV ne s'arrête nulle part. S'il s'arrête à Agen, il aura 8 minutes pour rallier Toulouse. C'est impossible. Qu'on dise les choses ! », s'agace M. Girardi qui ne comprend pas « pourquoi les collectivités agenaises veulent mettre autant d'argent dans un projet qui leur passera à côté un trajet sur deux ».
« Pris pour des ânes ? »
Deuxième point décliné par cette expertise : le coût. Les anti-LGV en parlent depuis des semaines, l'option de réaménagement de la ligne existante coûterait moins cher. Avec cette pré-étude, toujours établie à partir des données RFF, le chiffrage devient précis. « 4,3 milliards pour la LGV-GPSO contre 0,9 milliard pour la modernisation de la ligne classique, suppression des passages à niveaux comprise. Sachant que RFF aura quand même à supprimer ces 93 passages à niveaux. Qui pour payer la facture de ce projet ? Le contribuable », relève l'élu du Val d'Albret.
En parlant budget, les représentants du comité ALTernative LGV alertent également du projet d'Air France de développer des vols intérieurs compétitifs « pour concurrencer le TGV. Or, les prix qui seront pratiqués sur la LGV ne rimeront pas forcément avec le train pour tous. »
L'association veut entendre la SNCF sur ce point ainsi que sur celui de la fréquentation. « Aujourd'hui, moins de 5 % des Français utilisent le train. Entre Toulouse et Paris, il y a 500 000 passagers. Ils en annoncent 2,9 millions avec la LGV soit quasi 100 % des Toulousains. On nous prend pour des ânes », finit par s'énerver Raymond Girardi. Preuve à l'appui, les élus s'étonnent aussi de l'importante capacité résiduelle du flux sur la ligne classique. « La ligne actuelle n'est utilisée qu'à 50 % de ses capacités. Ce trafic sera, de surcroît, amputé du tiers de ses trains qui circuleront sur la LGV. Quel intérêt pour notre département ? Que les élus et notre député le premier, nous expliquent l'intérêt pour les habitants ? »
Prochaine étape : l'étude
ALTernative 47 craint une prédominance des intérêts toulousains avant ceux du Lot-et-Garonne qui sera lui « relégué au rang de territoire traversé ». Selon toute logique, le comité dénonce la création d'une gare à l'extérieur d'Agen « qui enlèvera toute la lisibilité à la ville alors que le projet pourrait servir de prétexte à une vraie requalification du quartier gare. » C'est ici que réside l'atout phare de l'alternative à la LGV : le progrès à travers l'aménagement du territoire.
Un projet qui aura besoin d'éléments complémentaires, plus techniques, plus détaillés, pour s'afficher comme recevable aux yeux des décideurs. « Nous souhaitons donc lancer une étude complète, sur 6 mois, pour aider la prise de décision définitive. Le Conseil général la soutiendra à hauteur de 30 000 euros (pour un coût total de 80 000 euros). 25 communes se sont engagées à nous aider. »
En attendant, ce premier rapport qui conforte ces élus dans l'idée qu'il reste beaucoup à éclaircir, sera remis au préfet du Lot-et-Garonne, au préfet de Région, au président du Conseil régional « et au ministre s'il le faut ! Au plus grand nombre, pour entrer dans la discussion. Chose qui, jusqu'alors, nous était refusée. »